Populations et rapports sociaux en situation coloniale :
le cas algérien (XIXe-XXe siècles)

Séminaire organisé par Emmanuel Blanchard et Sylvie Thénault
avec le soutien du CESDIP (UMR 8183) et du CHS (UMR 8158)

Nous poursuivrons et approfondirons cette année les réflexions initiées au cours des séances de l’an dernier (programme 2008-2009 disponible sur le site du CHS)

L’analyse des relations sociales entre populations dans l’Algérie coloniale est dominée par la dénonciation : à une interprétation focalisée sur la séparation des groupes, l’usage de la force et de la violence a été opposé le refus de l’occultation de relations sincèrement amicales, voire fraternelles, entre « colons » et « indigènes ». Les travaux historiques dépassent généralement cette opposition par la mise en évidence de l’existence d’un « monde du contact » dont les contours n’ont jamais été clairement définis. Surtout, la téléologie est au cœur de nombreuses analyses. En ligne de mire, c’est toute l’interprétation de la période finale de la tutelle française qui est en jeu : violence résultant inexorablement d’une longue montée des tensions contre une tutelle jamais acceptée ? Violence venue perturber le cours d’une histoire qui aurait pu prendre d’autres chemins ?
L’objet de ce séminaire est de revisiter cette question des relations entre populations du temps de l’Algérie française à partir des outils habituels de l’histoire et de la sociologie des groupes sociaux, tout en s’ouvrant à d’autres disciplines comme la démographie ou la géographie. Ces relations pourront être explorées tant à l’échelle individuelle, par des biographies, qu’à l’échelle collective, la définition des groupes eux-mêmes –« Français » et « Algériens », « colons » et « colonisés »… – se prêtant difficilement aux catégorisations strictes et devant être questionnée. Elles pourront être présentées à des moments ponctuels et cruciaux – arrivée et installation des premiers colons, insurrection… – mais aussi dans une longue durée productrice d’ordinaire, et se décliner dans plusieurs domaines : au travail, dans l’intimité, dans la ville… Enfin, la métropole et l’ensemble de l’Afrique du Nord pourront être inclus comme espace de relations modelées par le rapport colonial, en raison des échanges et des mouvements de populations qu’ils connaissent avec l’Algérie.

Les séances auront lieu dans la bibliothèque du Centre d’histoire sociale, 9 rue Malher, 6e étage (m° Saint Paul), le 2e mercredi du mois, de 17h à 19h.


14 octobre
Jocelyne Dakhlia (EHESS), «Une Euroméditerranée précoloniale? ».


18 novembre
Séance commune avec le séminaire « Savants, artistes, médiateurs : approches et connaissances du Maghreb », organisé par Alain Messaoudi et Claire Fredj.

Afaf Zekkour (Université d'Alger), « Les lieux de sociabilité des Ulamas à Alger dans les années 1930 ».


9 décembre
Alain Messaoudi (EHESS), « De l'interprétariat à l'enseignement : profils et fonctions des professionnels de la langue arabe au service de l'Etat (Algérie, 1830-1880) ».

13 janvier
Philippe Zessin (Universität Bielefeld), « L'émergence d'un journalisme musulman en Algérie coloniale (des années 1920 aux années 1950) ».

10 février
Claire Marynower (IEP de Paris), « Sociabilités militantes de gauche en Oranie sous le Front Populaire ».

10 mars
Jan Christian Jansen (Université de Constance), « L'expérimentation commémorative à Alger dans les années 1840-1860 ».

14 avril
Séance à deux voix

-Muriel Cohen (Université Paris I), « Analyse des trajectoires résidentielles de la population du bidonville de la Folie à Nanterre, avant et après l'indépendance algérienne ».
-Jim House (University of Leeds), « Les bidonvilles d'Alger (1945-1962) : des espaces à part ? ».

12 mai
Neil MacMaster (University of East Anglia), « Les relations entre femmes européennes et femmes algériennes pendant la guerre d'Algérie : le cas du Mouvement de Solidarité féminine ».

9 juin
Rebecca Rogers (Université Paris V), « La fusion des races par l'enseignement français ? L’éducation des filles musulmanes en Algérie (1845-1871) ».

30 juin
Giulia Fabbiano (EHESS), « “Pour moi l’Algérie, c’est Beni-Boudouanes, le reste j’en sais rien” Mémoire orale et représentations sociales de l’Algérie coloniale, le cas des Beni-Boudouanes ».