Françoise Tétard, Claire Dumas
Filles de justice : du Bon-Pasteur à l'éducation surveillée (XIXe-XXe)
Beauchesne-ENPJJ, 2009

 


Brebis égarées ou en danger, fillettes indigentes, enfants maltraitées, orphelines et fortes têtes que leurs familles veulent faire rentrer dans le rang : aux XIXe et XXe siècles, différentes catégaories de mineures se retrouvent confinées derrière l'infranchissable clôture de couvents. En effet, les congrégations religieuses -au premier rang desquelles celle du Bon-Pasteur, au coeur de l'ouvrage- se sont fait une spécialité de sauver les filles perdues ou en perdition. C'est à ce titre que, en 1850, ces institutions se voient officiellement missionnées par l'Etat pour rééduquer les mineures condamnées à l'emprisonnement, ou acquittées comme ayant agi sans discernement mais non remises à leurs parents, ou encore détenues par voie de correction paternelle. Moyennant le versement d'un prix de journée qui constitue pour les soeurs une appréciation globale de revenu, ces "filles de justice" vivent claquemurées avec les autres pensionnaires. A partir de 1839, et pendant près de 130 ans, des générations d'adolescentes aux profils divers se côtoient ainsi dans l'institution du Bon-Pasteur de Bourges(Cher), laquelle, au fil du temps, renégocie habilement ses habilitations avec les autorités du moment. En 1968, changement d'équipe et de pédagogie, mais pas de décor ni d'affectation : une armada d'éductrices spécialisées, guère plus âgées que leurs pupilles, investit l'établissement berruyer acquis par le ministère de la Justice, et fait de cet internat professionnel d'éducation surveillée (IPES) le fer de lance d'une politique de "désenfermement". Un ouvrage rédigé à quatre mains par Françoise Tétard, chercheuse en histoire de l'éducation spécialisée, et Claire Dumas, éducatrice spécialisée.