Les italiens en France depuis 1945
sous la direction de Marie-Claude Blanc-Chaléard
Rennes, PUR, 2003


L immigration italienne demeure à ce jour la plus importante qu'ait connu la France. Mais si les images fortes du padrone meneur d'enfants, il y a un siècle et demi, ou de l'antifasciste d'entre-deux-guerres ont été recomposées récemment par une historiographie très riche, le destin du fils de maçon au lendemain de la Seconde guerre mondiale ou celui du mineur sarde arrivé après 1945 ne retiennent guère l'attention. Fin de migration sans problème, étrangers sans visage...
Pourtant, jusqu'en 1968, les Transalpins sont demeurés au premier rang des étrangers recensés en France. Avec les naturalisés récents, ils constituaient à cette date un groupe sensiblement aussi nombreux qu'en 1931, temps fort de la grande migration d'entre-deux-guerres. C'est dire leur place dans l'économie et la société française des trente glorieuses.
Dès lors, pourquoi cette invisibilité, surtout après la Libération où demeurait vivace le mythe du « coup de poignard dans le dos » et où l'hostilité à l'égard des anciens « sujets de Mussolini » continuait d'alimenter l'italophobie ? Qu'en fut-il ensuite de la dernière vague d'immigrants, plus souvent venue des régions méridionales et qui eut à défricher ses propres chemins dans une Europe en construction ? Telles sont quelques unes des questions abordées dans cet ouvrage.
Celui-ci est issu d'un colloque qui a réuni, à l'invitation du Centre d'études et de documentation sur l'immigration italienne (CEDEI), des spécialistes et des jeunes chercheurs venus de France et d'Italie. L'enjeu était d'abord de donner une visibilité à. cette dernière étape de la migration italienne en France. Mais choisir de donner son autonomie à la période récente du dernier quart de siècle conduisait nécessairement à croiser les questionnements les plus actuels en histoire, sur les politiques publiques, les dynamiques économiques et sociales de l'Europe des trente glorieuses ou sur les représentations et les identités culturelles. Sur ce dernier point, le livre invite à une découverte : celle des Italiens de France et des Français d'origine italienne comme composante originale de la société cisalpine.


Marie-Claude Blanc-Chaléard qui a coordonné cet ouvrage au nom du CEDEI est maître de conférences à l'Université de Paris l. Elle est l'auteur d'une thèse sur l'immigration italienne en région parisienne.