Les Petites Italies dans le monde
Rennes, PUR, coll. « Histoire », 2007, 441 p.
Sous la direction de Marie-Claude Blanc-Chaléard, Antonio Bechelloni, Bénédicte Deschamps, Michel Dreyfus et Eric Vial

 


« Les Petites Italies dans le monde », c’est l’histoire planétaire des migrants italiens vue par le plus petit commun dénominateur : le semis sur plusieurs continents de quartiers urbains devenus les territoires de communautés qui se sont longtemps pensées comme l’autre bout d’une chaîne liée à leur village ou région de la péninsule. Comment s’est faite la précipitation, de cette diversité d’origines à l’espace de quelques rues dans les villes et métropoles des pays d’installation ? Comment s’y est forgée une identité italienne de l’étranger et selon quels processus ces « ethnoterritoires » ont-ils produit des citadins invisibles, composante néanmoins singulière des peuples d’accueil ? D’un côté, le vécu des quartiers, de l’autre, les variantes entre les sociétés d’immigration : les termes de la comparaison semblaient simples. Historiens de renom ou jeunes chercheurs, les auteurs, originaires de nombreux pays, réservent quelques surprises au fil du livre. Le voyage se fait à l’envers : à partir du Nouveau monde, où sont nées les Petites Italies, on revient vers l’Europe où elles n’ont pas eu la même fortune, pour toucher aux limites inédites de la Russie et de l’Australie. L’évolution sociale s’efface souvent derrière les pratiques culturelles – cinéma, radio –, alors que le poids du politique dans la construction des identités se trouve confirmé. Et si la longue durée de deux siècles d’émigration est souvent prise en compte, c’est pour interroger le devenir même de l’expression « Petite Italie ». Cela. conduit à décoder les images, les œuvres littéraires et le discours des historiens eux-mêmes. De la version noire du xixe siècle où Little Italy rimait avec quartier mal famé peuplé d’immigrés crasseux et bruyants, aux évocations plus chaleureuses qui ont fini par s’installer avant de laisser place aux reconstructions mythiques contemporaines, les « Petites Italies » ont toujours alimenté des représentations qui n’avaient que peu à voir avec le vécu et le devenir des quartiers communautaires. Elles constituent désormais des lieux de mémoire qui appartiennent autant à l’histoire des migrants italiens qu’à celles des pays où ils ont fait souche.