LECTURES

Christian Chevandier a aimé......

Sauf pour celui qui travaille sur le très contemporain, la frustration est grande pour l’historien, particulièrement le praticien de l’histoire sociale, de n’appréhender son objet que par des sources déjà construites, presque inertes. Le regard se porte alors, avec appétence, vers les travaux et méthodes des ethnologues et sociologues qui ont l’occasion d’être confrontés et de se confronter à des champs dont ils doivent percevoir les mutations. Parmi ces chercheurs, quelques-uns se plongent au sein de leurs sujets jusqu’à parfois en relever quelque peu, en une observation participante aux multiples modalités (Sur les tentatives pluri et interdisciplinaires d’approche du monde du travail par les chercheurs, Anne-Marie Arborio, Yves Cohen, Pierre Fournier, Nicolas Hatzfeld, Cédric Lomba et Séverin Muller, dir., Observer le travail. Histoire, ethnographie, approches combinées, Paris, La Découverte, collection « Recherches », 2008, 351 p.).
Les ouvrages proposés ici permettent à la fois une compréhension plus fine de la société française et une mise en perspective d’une des méthodes les plus féconde de la sociologie, qui nous amène alors, avec ou sans références explicites, de l’autre côté de l’Atlantique.

Un livre

Patrick DECLERCK, Les naufragés. Avec les clochards de Paris, Paris, Plon, 2001, 458 pages.
Philosophe, anthropologue, psychanalyste, Patrick Declerck s’est fait clochard pour cette étude qui se révèle un des grands livres de ce début de siècle, si un grand livre est celui dont la lecture modifie votre perception du monde. Mais cette plongée ne fut pas qu’académique et s’inscrit bien dans la biographie de l’auteur dont l’expérience de la pauvreté (p. 138-154) n’eut rien d’artificiel. La force de cet ouvrage est telle qu’un lecture critique de près de 30 pages lui a été consacrée dans les Actes de la recherche en sciences sociales (n° 159, p. 88-115).
Publié dans la collection « Terre humaine », ce livre est un peu le fruit des échanges entre son auteur et Jean Malaurie ; le lecteur appréciera d’autant la publication de 25 pages de leur correspondance.


Deux livres

Jean PENEFF, L’Hôpital en urgence et Les malades des urgences. Une forme de consommation médicale, Paris, Métailié, 1992 et 2000, 258 et 190 pages.
Professeur de sociologie que les historiens connaissent notamment pour son ouvrage sur La méthode biographique, Jean Peneff a travaillé à mi-temps pendant une année comme brancardier dans un service d’urgence d’un grand CHU. Ces deux ouvrages publiés à presque une décennie de distance, le premier surtout, doivent à cette démarche une grande partie de leur qualité. Ces travaux se situent dans la tradition de la sociologie médicale par observation et le lecteur passionné par les textes de Jean Peneff pourra lire ceux de Howard Becker, Eliot Freidson, J. Roth.


Une série de livres

Série « Enquêtes de terrain », Textes à l’appui, éditions La Découverte.
Les traders, les facteurs de la Poste, les militants du Front national, les ouvriers du bâtiments, les « musicos », les étudiants qui semblent paumés dans les premiers cycles de l’université, etc. : c’est toute la société que ces ouvrages, qui allient des méthodes efficaces (où l’empirique a toute sa place) et, par leur résultats également, une force conceptuelle qui ne se limite pas à des citations pour lecteur paresseux, permettent d’appréhender et, souvent, de découvrir.