Deux siècles d’étalement urbain en France


Mercredi 10 mai 2006

Lieu : Carré des Sciences, Ministère de la Recherche (amphi Stourdzé)
entrée : 25, rue de la Montagne Sainte Geneviève - 75005 - PARIS - Métro :
Maubert-Mutualité
entrée libre dans la limite des places disponibles
Horaires : 9 heures 30 heures/ 17 heures30

Organisation : Annie Fourcaut (professeur d’histoire contemporaine, Université de Paris I, directrice du centre d’histoire sociale du XXe siècle) et Loïc Vadelorge (maître de conférences à l’université de Versailles Saint –Quentin en Yvelines)

 

L’étalement urbain est depuis quelques années à nouveau considéré comme un problème pour l’Aménagement du territoire comme pour la Politique de la Ville. Les dispositifs Besson (1990) et la loi Solidarité et Renouvellement Urbain (2000) traduisent dans des registres différents la préoccupation de l’Etat en la matière. Cette préoccupation est aujourd’hui relayée par les élus locaux, en particulier à l’échelle des régions, partenaires essentiels de l’Aménagement du territoire. Le thème de la « redensification » des villes est mis sur l’agenda politique, pour contrer le mouvement « naturel » d’extension de la ville diffuse (lotissements, périurbanisation). Cette alternative ressuscite l’hypothèse architecturale des grands ensembles (barres, tours) ou des villes nouvelles (habitat intermédiaires, architecture proliférante). Au-delà des choix politiques du jour, qui reviennent aux élus, ces questions ne peuvent être abordées sans réfléchir au phénomène dans sa continuité
Les travaux historiques récents incitent à restituer la chronologie de l’étalement urbain et de la ville dense dans la longue durée. Au-delà de la période de croissance industrielle de la ville (1955-1975), il faut considérer le long XIXe siècle (depuis les lois sur les établissements insalubres de la Restauration jusqu’à la fin du cycle haussmannien) et les Reconstructions du premier XXe siècle, qui voient émerger, en particulier en région parisienne, les premières tentatives de répartition des hommes et des activités. Si cette longue durée est aujourd’hui admise par les historiens, il reste en revanche à repréciser les moments clés où la question urbaine se centre sur le débat ville dense/ville diffuse. Comment par exemple articuler l’histoire des plans (Plan Prost, PADOG, SDAURP, SDRIF pour la région parisienne, plans régionaux d’urbanisme et SDAU des OREAM pour la province) et celle des lois (de Loucheur à Borloo), l’histoire des institutions de planification (CARP, IAURP, OREAM) et celle des organigrammes politiques (MRU, District, DATAR, ministère de l’Equipement) ? Comment aussi intégrer historiquement l’opposition latente entre les pouvoirs politiques (Etat, élus régionaux et/ou locaux), qui visent à optimiser l’aménagement du territoire et l’espace privé des « pavillonnaires » qui se satisfont de transporter la ville à la campagne ?
L’histoire de l’étalement urbain est également indissociable de l’histoire des représentations de cet étalement. L’extension « en doigts de gant » puis la fameuse « tâche d’huile » sont autant des métaphores sociales que des métaphores géographiques. Comment les différentes professions de l’urbain et les groupes sociaux et politiques concernés se sont-ils représentés la densification urbaine ? Comment se sont articulées dans le temps, les visions malthusiennes de l’Aménagement – qui sont dominantes sur la longue durée – et les conceptions expansionnistes ? Quand et comment a-t-on fait entrer le concept de « prévision » dans les études d’aménagement et d’urbanisme ? Comment expliquer que le débat se soit, à la suite des grands ensembles, focalisé sur les formes architecturales et leurs effets sociaux supposés ? Autant de questions qui renvoient à une histoire intellectuelle de l’étalement urbain, dont on ne connaît aujourd’hui que les épisodes les plus documentés et les plus récents mais qui nécessiterait d’être étudiée sur une durée plus longue.
Enfin, l’histoire de l’étalement urbain semble indissociable de celle de ses conséquences en matière de transport, d’équipements publics et commerciaux, de politique d’animation, etc. L’histoire classique de l’urbanisme retient qu’après une phase axée sur la seule question du logement (grands ensembles), on serait passé à une phase mettant l’accent sur la qualité de ville (villes nouvelles). Ce schématisme est aujourd’hui rejetté par la majorité des historiens qui suggèrent de déplacer le curseur en amont de la Ve République. Peut-on dater ces questions ? Concernent-elles la seule région parisienne ? Qui sont les premiers promoteurs d’un étalement urbain raisonné et associé à une politique d’équipements sociaux et culturels ? Les établissements publics d’aménagement des villes nouvelles ? La Caisse des Dépôts et Consignations, via ses filiales (SCIC et SCET) ? Les cités-jardins de l’entre-deux-guerres et les offices publics d’HBM ?
C’est à ce type de questions que la journée du 10 mai 2006 se propose de répondre, en articulant des communications historiques, des témoignages et une table-ronde avec des responsables politiques confrontés aujourd’hui à la nécessité d’une re-densification des villes, aussi inéluctable que problématique à mettre en œuvre.

Programme

Matinée : 9h30-13 heures

9 h 30 : Annie Fourcaut (professeur d’histoire contemporaine, Université de Paris I, directrice du centre d’histoire sociale du XXe siècle) : Rapport introductif

I. Première partie : L’Etat des connaissances historiques sur l’amont de la question (1890-1950)

10 heures : Florence Bourillon (professeur d’histoire contemporaine, Université de Créteil) : « le cycle haussmannien et la question de la densification »

10 heures 30 : Emmanuel Bellanger (post-doctorant) : «Pression démographique, crises des lotissements et réseaux intercommunaux : l'invention de nouvelles politiques publiques suburbaines durant l'entre-deux-guerres»

11 heures : Danièle Voldman (directrice de recherche au CNRS, Centre d’histoire sociale du XXe siècle) : « Densification urbaine et planification dans les années 1940 »

11 heures 30 : Loïc Vadelorge (maître de conférences à l’université de Versailles Saint –Quentin en Yvelines) : « Les géographes et la question de l’étalement urbain de Pierre George à Jean Bastié »

12 heures : débat avec la salle

13 heures-14 heures : pause déjeuner

II. Deuxième partie : Le cycle de la croissance industrielle : modèle ou repoussoir ?

14 heures 15 : Paul Landauer (post-doctorant) : « La SCIC : de la production de logement à la production de ville »

14 heures 45 : Thibault Tellier (maître de conférences, IUT de Lille) : « De la circulaire Guichard aux prémices de la Politique de la Ville »

15 heures 15 : débat avec la salle

III. Table-ronde : l’étalement urbain aujourd’hui

16 heures/17 heures :
- Jean-Paul Lacaze (Ingénieur général honoraire des Ponts et Chaussées)
- Pierre Albertini (président de la Conférence des élus locaux au sein du PUCA, maire de Rouen) (a donné son accord)
- Mireille Ferri (vice-présidente du conseil régional d’Ile de France (sous réserve d’accord)
- M.Hervé Dupont (EP Plaine de France)

Débat avec la salle

Conclusions de la journée : Marcel Roncayolo