JOURNEE INTERNATIONALE DE TRAVAIL

LES SYNDICALISMES EUROPEENS A LEUR APOGEE - ANNEES 1970-1985

La journée internationale de travail, tenue à Paris, le 4 novembre 2000, a réuni des chercheurs de plusieurs pays. Introduite par trois exposés-bilans qui, à propos des syndicalismes et des relations sociales au début des années 1970, ont permis de faire le point sur les modes d'organisation et d'action syndicaux (René Mouriaux), les rapports entretenus avec les nouveaux mouvements sociaux (Marcel Van der Linden) et des positions adoptées vis-à-vis de l'internationalisation de l'économie (Udo Rehfeldt). Base de travail pour l'élaboration d'un rapport destiné à la DARES qui soutient nos recherches, la discussion a contribué à la définition de la problématique générale, de la période et de l'aire concernées ainsi que des thèmes à privilégier lors du colloque, prévu à l'automne 2002, sur les syndicalismes européens à leur apogée.
Un large accord s'est notamment dessiné en faveur d'une initiative centrée sur l'Europe occidentale et qui, prolongée jusque vers le milieu des années 1980, prendra en compte la temporalité propre de mutations culturelles lourdes de conséquences pour les organisations, les pratiques et les représentations syndicales. Sur fond de construction européenne, la croissance a conduit les sociétés de l'Ouest du continent européen à rapprocher leurs modes de vie. L'examen des relations industrielles montre cependant qu'il existe encore, au début des années 1970, des différences considérables entre, par exemple, la situation allemande où le recours à la grève a pratiquement disparu, le cas britannique marqué par des mouvements durs et longs non exclusifs de procédures de négociations efficaces et celui de la France où le modèle de la grève généralisée, voire générale, reste présent dans les imaginaires et les conduites malgré l'existence de nombreuses instances paritaires de concertation et de régulation. Par suite, Harmut Kaelble a pu écrire que la tendance à la convergence révélée par les indicateurs sociaux et démographiques demeurait faible sur le terrain des relations industrielles. De tels constats invitent, par-delà, un nécessaire retour sur les discours et les pratiques, à repenser les modalités, sans cesse réajustées, d'insertion, d'intervention et de transformation des organisations syndicales.
Lors d'une précédente étude achevée en 1995, nous avions montré comment s'était opérée l'articulation des logiques nationales et corporatives aboutissant, à la fin du xixe siècle, à la constitution de trois modèles : syndicaliste révolutionnaire français, unioniste britannique, centralisé-socialiste allemand. Il s'agit maintenant de s'interroger sur leur adaptation aux transformations économiques, sociales, politiques et culturelles ultérieures, à l'apparition des modèles communistes ou chrétiens et, au-delà, de saisir les traits permanents et les caractéristiques nouvelles des diverses composantes du syndicalisme occidental des Trente Glorieuses. Qu'en est-il, plus largement, de leurs positions et pratiques, de l'écho de leurs initiatives et messages face à l'évolution du salariat, des structures économiques, de l'" Etat social ", des systèmes de représentation et d'intervention, des modes de consommation, du développement de la scolarisation et d'aspirations davantage tournées vers l'épanouissement personnel… ?
Sur la base des acquis méthodologiques de l'étude conduite entre 1993 et 1995, la démarche graduelle et thématique adoptée vise à préparer les conditions de l'approche résolument comparative qu'appelle la problématique. Nous souhaitons, par ailleurs, nous prémunir contre le risque de la juxtaposition d'exposés nationaux qui, dans le meilleur des cas, facilite le seul repérage de similitudes et de divergences. Dans cette perspective, les équipes internationales de chercheurs, régulièrement réunies à l'occasion de journées d'études-relais, travailleront, d'ici 2002, à la rédaction des rapports collectifs consacrés à chacun des thèmes retenus.