Le demi-siècle d’André Marty : l’homme, l’affaire, l’archive


Journée du vendredi 17 octobre 2003
9 h30-17 h30
Centre d'histoire sociale du XXe siècle - Bibliothèque Jean Maitron

Interventions :

Matin : La passion de l'archive


Claude Pennetier : Le puzzle des archives Marty ou les raisons d'une passion d'autocollecte biographique ;
Marie-Geneviève Dezès : Le fonds Marty à l'IFHS (Institut français d'histoire sociale) ;
Pascal Carreau : Le fonds Marty aux archives du PCF ;
Guy Krivopisko : Le fonds Marty au Musée de la Résistance nationale (Champigny-sur-Marne) ;
Paul Boulland et Rossana Vaccaro : Le fonds Marty du CHS et l'avenir des archives Marty ;
Débat avec la participation de Magali Lacousse du Centre historique des Archives nationales.

Après-midi : Une affaire qui vient de loin


Claude Pennetier : La forme « affaire » dans l'histoire du communisme ;
Rémi Skoutelsky : André Marty officier ;
Georges Vidal : André Marty et l’armée française dans les années 1930. Entre antimilitarisme et Défense nationale ;
Rachel Mazuy : André Marty à Moscou dans les années 30 ;
Alexandre Courban : André Marty, responsable politique de L'Humanité dans les années 1930 ;
Marie-Cécile Bouju : Marty et les éditions du Parti ;
Axelle Brodiez : André Marty et le Secours populaire français de 1945 à 1952 ;
Débat avec la participation de Bernard Pudal et Alain Ruscio.

Journée organisée par Claude Pennetier et Rossana Vaccaro, avec Paul Boulland et Rémi Skoutelsky


A l'occasion de cette initiative, le CHS entreprend une réorganisation et un nouvel inventaire du fonds Marty, et prépare des coopérations avec les autres détenteurs d'archives Marty.


Il y a cinquante ans, André Marty ; le « héros de la Mer Noire » (avec les risques d’imposture que comporte toute héroïsation), l’ancien secrétaire de l’Internationale communiste, le dirigeant des Brigades internationales, le numéro trois du Parti communiste (hiérarchie officielle, pouvoir réel ?) était exclu de son parti. Les « liaisons policières » de Marty faisaient la une de la presse communiste. Isolé, le dirigeant choisit de se retirer dans sa Catalogne natale d’où il renoua quelques liens internationaux et avec des minorités politiques françaises avant de mourir en 1956, miné par sa descente aux enfers. Pendant son « exil » catalan, il s’était consacré à la rédaction d’un ouvrage, L’Affaire Marty, à l’écriture d’une importante correspondance et à la gestion de ses papiers. Car, l’attachement d’André Marty à ses archives avait une signification forte qui éclaire sa place particulière dans la hiérarchie communiste française et internationale. Dès 1936, il avait créé un fonds conservé aux archives du Komintern et classé par ses soins pendant sa présence à Moscou comme secrétaire de l’Internationale communiste. N’était-il pas le seul Français cité de l’Histoire du parti bolchevique, le plus ancien dans le plus haut grade dans la proximité de Staline. Ne lui revenait-il pas d’être l’historien de la « Révolte de la Mer Noire » (il le fut), l’historien des Brigades internationales (il en rêva), ou même l’autre « Fils du Peuple ».

Dans l’attente des injonctions biographiques qui ne viendront pas, les archives étaient un capital mémoriel sur lesquelles il veillait jalousement. C’est pourquoi il demanda en 1950 que ses archives personnelles (car restèrent à Moscou ses archives de l’Internationale) soient transférées à Prague où il se rendait plus fréquemment, au secrétariat du Comité central du Parti tchèque, c’est-à-dire au secrétariat de Slansky. Le croisement des deux « Affaires » ne fut pas qu’accidentel. Il nous reviendra d’en démêler l'écheveau. Quelques documents furent consultés dès 1952, d’autres ramenés par Marcel Servin dans le cadre de la commission d’enquête sur Marty en 1953, les dossiers furent rapatriés en France en 1985 et répartis entre différents lieux, pour l'essentiel entre la Bibliothèque marxiste de Paris et la Musée de la Résistance nationale de Champigny. Quelques dossiers étaient restés à Moscou et y sont consultables, ainsi que les archives de son secrétariat international qui, malgré un allégement en 1953, restent très riches. Les archives qu'il avait pu conserver et qu'il a enrichies après son exclusion ont été confiées à Jean Maitron qui a versé quelques dossiers à l'Institut français d'histoire sociale et l’essentiel au Centre d'histoire sociale du XXe siècle. Au moment où un travail d'inventaire de ces fonds se met en place, il est utile de faire le bilan des travaux qui concernent l’action de Marty. L'ouverture partielle des archives de Moscou a favorisé les travaux sur les années trente et, plus modestement, sur les années quarante. Le rôle de Marty à l'intersection du mouvement communiste international et du communisme français y apparaît plus clairement.

Peu de destins de militants français de la première moitié du XXe siècle furent aussi exceptionnels et aussi tragiques que celui d'André Marty. Ce révolutionnaire ouvriériste, nostalgique des grandes heures du prolétariat, connut la gloire en France et à l'étranger pour son action lors de la révolte de la mer Noire. Il accéda aux plus hautes fonctions où il fit preuve de qualités d'énergie soutenues par un engagement personnel total. Son caractère autoritaire, aurait été de peu d'importance si le militant communiste n'avait pas disposé d'un pouvoir considérable, pendant la guerre d'Espagne notamment, où il n’a pas été le « boucher d’Albacete ». Il est cependant vrai que le mutin de la mer Noire, qui avait connu les plus dures souffrances, fut en maintes circonstances injuste et brutal dans son rôle de militant stalinien exemplaire. En retour, dans le contexte des grands procès des pays de l'Est, le culte céda la place à son envers obligé, la calomnie. On s'interroge encore sur les raisons qui encouragèrent la direction du Parti communiste à exclure et à accabler un homme qui symbolisait depuis un demi-siècle la lutte révolutionnaire communiste. Mais n'est-ce pas en raison même de cette image que les « dernier des bolcheviks » était la cible idéale dans le cadre d'une pédagogie stalinienne de la vigilance ? Au delà de l'homme, l'attention à ses archives et à sa place dans l'historiographie, peut s’avérer un puissant « révélateur » (au sens chimique du terme) du communisme international et français.